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René Carrère dans CHACALS

 

CHIGNON D'OR,qui doit beaucoup à la présence et au talent d'Harry Baur,est aussi un clin d'oeil à Francis Carco,dont André Hugon venait de découvrir le roman,"JESUS LA CAILLE",paru au Marcure de France en 1914. Montmartre et ses artistes exerçait sur eux un puissant attrait et on les voit fréquenter LE CHAT NOIR puis l'ANE D'OR,où ils ont plaisir à écouter Eric Satie,le pianiste du lieu,et lui aussi habitué de la place du tertre où il se rend plusieurs fois par semaine à pied de sa banlieue d'Arcueil,depuis qu'il a quitté son misérable logis du 6 de la rue Cortot.Ils fréquentent le Bateau-lavoir et ses peintres,Picasso,Van Dongen,Vlaminck,Marcous et Utrillo et le Lapin Agile où ils croisent les écrivains Francis Carco, Roland Dorgelès et Pierre Mac orlan et des comédiens comme Pierre de Guingand (qui jouera dans SARATI LE TERRIBLE).C'est aussi à Montmartre qu'André Hugon et harry Baur viennent voir Musidora,vedette du célèbre cabaret LA PIE QUI CHANTE.En effet,après le tournage des VAMPIRES et la mobilisation de Feuillade,la belle artiste avait repris contact avec le music-hall,non sans succès.Profitant de l'expiration de son contrat avec Gaumont,Hugon engage à grand frais Musidora pour trois films.C'est elle qui lui suggère d'engager le peintre René Carrère,qui était son compagnon à l'époque,pour tenir le rôle masculin principal dans le film CHACALS (1917).Par la suite,André Hugon conservera des relations avec René Carrère,puisqu'il lui achètera au moins deux tableaux,un portrait de Mistinguett,et un autre de la jeune actrice Ginette Madie,vedette de son film LE DIAMANT NOIR (1922).Mais c'est surtout vers l'excellent peintre montmartrois François Eberl que se porteront les goûts d'André Hugon qui fera l'acquisition d'une dizaine d'oeuvres de cet artiste né à Prague en 1887 (quelques mois après André Hugon).C'est un tableau d'Eberl qui inspirera l'affiche de son film LA RUE SANS JOIe (1938,"remake" du film de Pabst).Une des dernières acquisitions d'André Hugon sera d'ailleurs une toile de François Eberl,achetée à l'occasion de l'exposition "EBERL" à la galerie Pétridès à Paris en 1946.L'expérience de René Carrère avec le film d'André Hugon va avoir une grande influence sur les activités de ce peintre à la mode,qui va se prendre de passion pour le cinéma,au point de se lancer dans le production et la réalisation,avec deux films,PRIX DE BEAUTE (1922) et CORSICA (1923).C'est à l'occasion de ces tournages qu'il laissera un très beau portrait de sa vedette,l'actrice Pauline Pô,portrait qui se trouve aujourd'hui à la Cinémathèque de Corse.Mais il va surtout tourner le premier long métrage de Musidora,POUR DON CARLOS en 1921.Elle l'avait engagé comme décorateur et lui confiera un petit rôle dans son film,ainsi que d'autres  tâches,comme elle l'écrit elle-même : "le premier maquilleur en date fut certainement le grand portraitiste René Carrère,qui,houpette en main et palette poudrée,suivait attentivement tout ce qui pouvait déflorer la beauté : une mouche,une poussière,une perle de sueur..."